France 2 diffusait mercredi soir une version modernisée de l’expérience de Milgram On y trouvait les mêmes types de résultats, mais il m’a semblé qu’on pouvait en faire différentes interprétations.
Comme dans l’expérience
américaine, un questionneur était incité à punir de décharges électriques de
plus en plus violentes un candidat qu’il ne voyait pas mais qu’il entendait.
81% des questionneurs ont été jusqu’au bout de l’expérience, contre 61% chez
Milgram. On notera cependant que 75% des questionneurs arrêtent l’expérience si
l’animatrice s’en va, les laissant continuer seuls
Pourquoi aller jusqu’au
bout ?
Pour l’expert qui supervisait
l’expérience, la réaction des personnes testées est due à l’obéissance dont ils
font preuve vis à vis d’une autorité forte, hier la science et aujourd’hui la
télévision, qui est donc plus puissante que la science hier. L’absence de
l’animatrice affaiblit l’autorité d’où la différence de résultats. Le
documentaire soulignait que la télévision était la deuxième activité à laquelle
les hommes consacrent le plus de temps, après le sommeil et avant le travail.
On me permettra de ne pas être
d’accord, du moins pas complètement.
La première chose qui frappe,
c’est la diversité des réactions : sur environ 80 personnes testées, 9 ont
refusé de continuer dès que le pseudo candidat a demandé d’arrêter et 7 autres
nettement plus tard. Certains ont tenté de tricher et 30% ont tout fait
sans états d’âmes apparents. Et les organisateurs n’ont guère d’explications à
ces différences.
Pourquoi certains refusent ils ? Parce que leurs valeurs
humaines l’emportent sur leurs valeur d’obéissance, ce qui ne nous avance
guère !
Si les résultats sont si divers,
pourquoi ne pas imaginer que les explications des comportements puissent aussi
l’être ?
L’une de celles qui ont fini par oser stopper l’expérience a dit à l’animatrice qu’elle était « désolée ». De ses explications ensuite, on comprend qu’elle n’avait pas de problème d’obéissance, mais l’impression de briser le travail de ceux qui animaient le jeu, en trahissant ce à quoi elle s’était engagée.
La question de l’engagement est
en effet une autre explication possible : ces personnes ont accepté la
proposition qui leur a été faite, elles ont signé l’autorisation d’utiliser
leur droit à l’image, et elles sont fidèles à leur engagement. Tenir ses
promesses, n’est ce pas aussi une valeur positive et utile ?
Certaines personnes hésitent,
demandent qu’elle est la règle exacte, s’ils ont le droit d’arrêter. J’y vois
plus une réaction de respect d’un contrat librement accepté. que d’obéissance.
D’autres au contraire ne m’ont
pas non plus avoir eu un combat entre leurs valeurs humaines et leur devoir
d’obéissance : ils n’ont pas vu le problème tout simplement !
Pourquoi moins de refus que
chez Milgram ?
Les expérimentateurs expliquent
la différence de résultat par la force plus grande de la télévision ;
pourtant, ce qui se passe quand l’animatrice s’en va prouve qu’il suffit de peu
de choses pour des changements importants dans les réactions.
Au-delà du passage d’une
expérience scientifique à un jeu télévisé, on note deux différentes dans
l’organisation de l’expérience.
La première, c’est que le contexte est plus
impressionnant avec le maquillage et le décor du jeu.
La seconde est la
présence du public. Les experts ont souligné à juste titre la difficulté de
résister seuls : pendant la guerre, la Résistance est née de collectifs
existants, pas d’individus isolés. Ici l’expérimentateur était renforcé par le
public.
Comment éduquer à savoir
refuser de collaborer ?
Pendant le peu que j’ai écouté du
débat qui a suivi, il y a eu désaccord entre les intervenants sur la manière de
faire avec des enfants pour qu’ils refusent : une intervenante suggérait,
si j’ai bien compris, de renforcer les valeurs des enfants en leur apprenant
non seulement la loi mais aussi le pourquoi de la loi, une autre de leur
apprendre à faire preuve d’indépendance d’esprit, un autre encore de renforcer
les valeurs.
L’un n’empêche sans doute pas l’autre ! Mais j’ai entendu des discours rousseauistes (il faut se méfier des pouvoirs et apprendre à désobéir) et des discours voltairiens (favoriser la tolérance et l’écoute de l’autre).
Et vous, qu’en pensez vous ?
Lire aussi chez Pikipoki
Les commentaires récents